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La blessure au genou

Le genou : un bouc-émissaire mal-aimé.

Martin Choquet

Par Martin Choquet

 

Note : ce texte ne vise aucunement à servir de diagnostic pour quelque problème que ce soit. Il vise simplement à aider à comprendre une problématique et aider les gens à arriver à faire de bons choix. Veuillez toujours vous adresser à un professionnel compétent.

Mettons une chose au clair : un problème au genou, c'est pratiquement impossible.

J'entends déjà les critiques des gens qui ont été affligés de problèmes à cette zone du corps. Ce que je considère comme une blessure légitime au genou pourra être un trauma direct, ou une déformation de naissance. Pour le reste, quand on comprend le fonctionnement normal d'un genou, il est peu probable que cette articulation ait un problème. Avant d'expliquer ce que j'entends par là, il faut bien sûr avoir lu mon article intitulé « Comprendre la blessure : comment se faire (vraiment) aider » pour bien saisir la dualité entre symptôme et problème causal.

Une fois cette dualité comprise, il faut saisir les choses en présence. D'abord, l'anatomie est plus complexe : on parle non pas d'une, mais de deux articulations : 1-entre les condyles du fémur et la rotule (articulation fémoro-rotulienne ou fémoro-patellaire, selon les sources) et 2- entre les condyles du fémur et le plateau plat du tibia (articulation fémoro-tibiale).

La rotule est un os qui sert de levier pour le travail adéquat du muscle quadriceps, le gros muscle en avant de la cuisse qui est habituellement le plus fort du corps humain. Cette rotule est située dans le tendon du quadriceps, et dont le positionnement dépend de l'équilibre de tension des muscles du quadriceps. Si l'équilibre est inadéquat, la rotule dévie de sa position normale et se met à trop frotter sur le fémur. On assiste alors à une détérioration prématurée du cartilage protecteur. Cette détérioration est indolore, car il n'y a pas de nerf dans le cartilage. Par contre, si on en arrive à égrener tout le cartilage, le frottement devient os contre os, et ça, c'est douloureux! Le terme médical employé pour désigner cette situation est de syndrome fémoro-patellaire, ou encore arthrose prématurée de la rotule.

Mais comprenons ce qu'est un syndrome : ce n'est pas une maladie, mais bien le regroupement de symptômes généraux dont on ne peut trouver la cause exacte, soit parce que c'est médicalement inconnu, soit parce que les possibilités sont trop vastes. Mais si un thérapeute compétent peut comprendre ce qui amène le déséquilibre des tensions du quadriceps, on a déjà un excellent point de départ pour éliminer le problème!

Dans l'autre articulation (fémoro-tibiale), on trouve deux petits croissants de fibro-cartilage appelés ménisques dont le travail est en grande partie d'accueillir les zones arrondies du fémur sur la face aplatie du tibia. C'est là une tâche assez ingrate pour laquelle toutes les minuscules libertés du genou doivent être en parfait état de fonctionnement.

Or, j'en arrive finalement au but de cet article. Pensez à votre démarche : on lève d'abord la hanche pour ensuite attaquer le sol avec le pied. Le genou, lui, ne prend pas part réellement à tout ça : en réalité, il est le carrefour des forces qui descendent via le fémur et qui remontent par le tibia, il ne peut que se tordre et forcer en fonction de ce qui est en haut et en bas de lui. S'il y a trouble de fonctionnement en haut, en bas ou encore dans les deux, le genou finira immanquablement par subir trop de stress mécanique, et alors la blessure guette... Et notre genou n'est alors que le bouc-émissaire.

Il faut toujours penser au fait que des problèmes de hanche ou de cheville et pied peuvent être minimes, mais lorsque les gestes mal synchronisés sont répétés des milliers de fois, avec tout le poids du corps, et pire encore en courant, quand on sait que la course génère un impact dans le corps pouvant équivaloir entre trois à sept fois le poids de l'individu, le genou subit toute cette charge qui sera mal alignée. Et ce sera trop souvent lui qui écopera de la blessure.

Je reprends alors le thème de mon autre article sus-mentionné, aider les coureurs à juger de la pertinence des thérapies qu'ils pourraient subir en cas de blessure au genou. Il faut ainsi se rappeler que la blessure au genou est généralement la fin d'un processus qui a commencé ailleurs dans le corps, le thérapeute choisi devra alors examiner toutes les possibilités de problème potentiel dans les autres articulations pour arriver à comprendre le processus qui crée la douleur ressentie. Autrement, on aura un thérapeute qui fixera son attention strictement au genou, avec le peu de résultats probants auquel on ne peut que s'attendre.

Comprenez-vous maintenant le choix de mon titre?

 

L'auteur est kinésithérapeute en pratique privée depuis douze ans et a enseigné le massage suédois et la kinésithérapie pendant quelques années.