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Comprendre la blessure

Comprendre la blessure, comment se faire (vraiment) aider.

Martin Choquet

Par Martin Choquet

 

Note : ce texte ne vise aucunement à servir de diagnostic pour quelque problème que ce soit. Il vise simplement à aider à comprendre une problématique et aider les gens à arriver à faire de bons choix. Veuillez toujours vous adresser à un professionnel compétent.

Dans un monde idéal, on aurait tout le temps voulu pour s'entraîner, de belles pistes, des courses à un maximum de vingt minutes de chez nous ou encore le budget et la souplesse d'horaire pour participer à des compétitions ailleurs. Et surtout, surtout, PERSONNE ne se blesserait. Sur le dernier point, peu y échappent; à un moment donné ou un autre, on finit par écoper.

Comprenons d'abord ce qu'est la douleur : pour faire simple, c'est le signal d'alarme qu'émet le corps pour conscientiser par rapport à des lésions de natures diverses. La douleur peut être bénigne et très ponctuelle, pensons à tous les petits maux sans conséquence dont on souffre pendant un ultra-marathon. Mais elle peut ne pas l'être...

La douleur est, entre autres choses, un symptôme. On doit cependant séparer « symptôme » de « problème », car il existe habituellement une immense différence entre les deux. Prenons un cas de bio-mécanique simple, l'épaule : l'épaule est formée de trois os : clavicule, humérus et omoplate. L'humérus et l'omoplate sont maintenus en place principalement par l'équilibre de tension des muscles qui les entourent. Une dysfonction de la main, de l'avant-bras, du coude, du bassin, de la mâchoire, d'un membre inférieur, du cou, d'une côte, d'une viscère (PROBLÈME) peut entraîner un déséquilibre des tissus musculaires de l'épaule et gêner le travail normal; à la longue, c'est la douleur (SYMPTÔME) qui arrive avec une blessure. Le problème réel, lui, sera potentiellement bien loin de la manifestation douloureuse.

Une fois ceci compris, on arrive au thème voulu de cet article : que se passe-t-il quand on décide de se faire traiter pour une blessure par un professionnel de la santé? Cette catégorie ne se limite pas, pour moi, au médecin et au physiothérapeute, mais incluera chiropraticien, ostéopathe, massothérapeute, kinésithérapeute, acupuncteur, naturopathe, etc.

Avant même que l'on décide de se faire traiter, tout le monde autour de nous a une bonne adresse à nous suggérer, ainsi que son histoire miraculeuse pour convaincre de voir SON thérapeute. Et quand on ne s'y connaît pas, on s'y perd. Il faut d'abord savoir que selon moi, à la base, toute thérapie est bonne, mais elle peut ne pas être adaptée à la problématique présente. Après, encore faut-il que le thérapeute soit compétent, que ça « clique » avec lui un tant soit peut.

Une chose qui soit absolument cruciale sera d'être participant actif au processus. Il ne suffit pas de bien faire ses exercices, la participation active est pour moi que le patient ne s'en remette pas aveuglément aux soins du thérapeute. Il est de sa responsabilité de comprendre ce qui se passe d'inadéquat dans son corps. Il est de la responsabilité du thérapeute de le lui expliquer clairement, sans pour autant faire un cours avancé de bio-mécanique. Le thérapeute devrait pouvoir expliquer ce qui ressort de son évaluation initiale, pour ensuite donner les étapes par lesquelles il estime que le traitement devrait se dérouler. Par contre, la chose la plus difficile à estimer est la durée du traitement : beaucoup trop de paramètres peuvent influencer la durée.

Ceci étant posé, la participation active sera de pouvoir donner un bon « feedback », de faire ce qui est demandé et de prendre le repos prescrit. En plus, le patient a le droit mais surtout le devoir de poser des questions. Les cas dans lesquels le patient consulte un quelconque spécialiste, ne demande rien, se laisse faire et n'a pas de résultat qui vaille après des mois de traitement... Je ne les compte plus tellement je les ai vus souvent arriver à ma clinique par après, découragés par l'absence de résultat. Pour taquiner les gens, je leur demande toujours pourquoi il n'ont pas pensé à demander quelque chose. La réponse est habituellement que l'on faisait confiance, que le thérapeute avait l'air de savoir ce qu'il faisait... Mais attendre des mois avant de décider abruptement de quitter? Non, il faut être très présent dans le processus. Dans mon cas, je donne systématiquement à mes clients mes observations sur les changements. Et à chaque séance, il y a possibilité d'ajuster le tir.

Il arrivera parfois aussi qu'après deux ou trois séances, toutes les interventions que j'aurai faites auront fonctionné parfaitement, mais sans la moindre atténuation des symptômes. Pour moi, ça ne veut pas dire que je suis pourri, mais plutôt que mes techniques et ma vision sont inadéquats pour résoudre cette problématique. Dans un tel cas, je vais plutôt chercher à référer la personne vers un autre professionnel qui a une approche différente de la mienne. Comprendre que ce n'est pas lancer la serviette d'agir ainsi, mais plutôt d'avoir l'humilité d'avouer notre incapacité d'aller plus loin. Personne ne peut agir sur tout, sauvez-vous de quiconque aurait cette prétention!

Vous pourrez comprendre ainsi mon principe de poser des questions : c'est VOTRE corps qui est blessé, c'est VOUS qui payez, VOUS avez le droit de comprendre ce qui se passe et d'avoir réponse satisfaisante à vos questions. Un professionnel qui n'a pas le temps, l'envie ou la capacité de vous répondre mérite de ne pas vous revoir.

Pour finir, revenons à mes propos de début d'article, sur la dualité symptôme-problème, et reprenons mon exemple de l'épaule. Si vous vous présentez à une clinique quelconque avec douleur d'épaule qui ne soit pas due à un accident ou un trauma direct, que le thérapeute consulté ne fait qu'examiner votre épaule, et traiter votre épaule sans regarder ailleurs, posez-vous des questions... Surtout, posez-lui en : la première devrait être de demander quel est le problème. On pourra facilement entendre spasme, tendinite de ci ou ça, bursite, etc. Mais ces choses demeurent le symptôme! Il faut alors demander POURQUOI ces choses se sont produites, pourquoi ces symptômes se sont-ils déclarés ? Quels mécanismes déficients ont créé ce déséquilibre qui entraîne de la douleur? Et si on ne peut démontrer un processus X qui mène à ce symptôme, on est en face d'un thérapeute qui se contentera de courir le symptôme, pas à casser le véritable problème. C'est là le genre de situation qui cet article vise à dénoncer et que je vous exhorte à ne pas accepter, si vous y êtes un jour confronté. Sinon, vous pouvez tourner en rond longtemps avec une blessure et dépenser beaucoup, beaucoup d'argent pour peu de résultats. Ça sera peut-être rendu à ce moment qu'on se verrait à ma clinique... Ha ha ha!

C'est votre corps et votre outil pour faire des ultras... Soyez-y intéressé ! Retombez en enfance un peu, et demandez des pourquoi ? Pourquoi? Pourquoi?

L'auteur est kinésithérapeute en pratique privée depuis douze ans et a enseigné le massage suédois et la kinésithérapie pendant quelques années. De plus, il adore se faire poser des questions par ses clients...